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Footings à 6 heures du matin, rillette... Daisuke Matsui se rémémore ses années au Mans avant le grand retour en Ligue 1
2026年8月17日

Daisuke Matsui lors de son passage au Mans en 2008. - Iconsport
Le sourire est intense, la mine radieuse, quand Daisuke Matsui, 45 ans, entre dans un salon privé d’un hôtel du 2e arrondissement de Paris, la coiffure impeccable, habillé d’une chemise noire. L’international japonais (31 sélections), aujourd’hui coach indépendant pour trois clubs différents chez les jeunes et adjoint chez les U18 de la sélection japonaise, n’est pas pressé et se dit ravi de pouvoir parler de souvenirs bien imprimés dans sa mémoire avant de faire escale à Dijon, où il a terminé son aventure française. Mais avant de prendre le train pour la Bourgogne, le chouchou du stade Léon-Bollée est resté au côté de son interprète, Koji Kuriki, une heure et demie durant, essayant de glisser quelques mots en français et se marrant quelques fois en racontant des anecdotes qu’il n’avait jusqu’ici jamais dévoilées.
Daisuke, Le Mans est de retour en Ligue 1 seize ans après son dernier passage, qu’est ce que cela vous inspire ?
Je me souviens avoir été triste quand le club a déposé le bilan. Depuis, je me suis toujours informé des nouvelles du club et des différentes montées. Je le suis sur les réseaux sociaux, je sais qu’il y a désormais une bonne équipe féminine, que Cris a entraîné le club. J’ai appris en effet que Le Mans allait être de retour en Ligue 1 pour cette saison et je suis super content. C’est pour moi un club spécial qui restera toujours dans mon cœur.
Vous arrivez en Sarthe en 2004, comment s’est déroulé votre arrivée ?
Il y avait au club un certain Daniel Jeandupeux qui aimait bien trouver des perles rares. Un agent suisse lui avait montré des images de moi et il avait accroché donc Le Mans m’avait fait une offre. À ce moment, j’étais vraiment impatient de découvrir un pays étranger, je n’étais pas inquiet à l’idée de quitter le Japon. La première rencontre se fait au Mans avec le coach Jeandupeux et son adjoint Alain Pascalou, ils m’ont souhaité la bienvenue, avaient conscience que je venais de loin. Mes coéquipiers étaient très curieux de découvrir un joueur japonais.
Que connaissiez-vous de la France avant d’arriver ?
Rien du tout. À 15 ans, j’avais fait un petit séjour à Paris donc j’ai appris à connaître Léonardo et Raï. Ils n’étaient pas français mais c’étaient les seuls que je connaissais en France. Dernièrement, j’ai rencontré Robert Pirès, Christian Karembeu, Ludovic Giuly, j’étais très content de les voir car je les ai admirés. Ce séjour à Paris, durant mon adolescence, ne s’était pas très bien passé, je n’avais pas gardé un très bon souvenir de la France. Mais en arrivant au Mans, les gens se sont montrés très accueillant, j’ai tout de suite adhéré à cette ville. J’ai d’ailleurs hâte d’y retourner. Je me souviens de la Place des Jacobins, dans le centre-ville. Le Restaurant du Nez-Rouge aussi qui était pour moi le meilleur restaurant. On sortait souvent avec Yohann Hautcoeur et Laurent Bonnart.
A votre arrivée vous avez pris des cours de français …
Oui, je voulais découvrir la culture et les coutumes françaises. Donc j’ai donné mon maximum pendant un an. J’ai d’ailleurs aimé découvrir le vin rouge français, le foie gras poêlé et la rillette. Mais les cours c’était compliqué. Avec Tulio De Melo et Marko Basa, on travaillait avec une Française.
Tulio De Melo disait d’ailleurs que vous aviez beaucoup de mal en cours mais que vous rendiez toujours des devoirs impeccables. Il pensait qu’une Française vous les faisait.
(Rires) J’étais malin. Ça fait partie de mon caractère. Dans mon jeu aussi j’étais comme ça.
Pour votre dernière saison au Mans, en 2007-2008, Rudi Garcia est votre entraîneur et vous réalisez la plus belle saison du club. Vous entamez le championnat par trois victoires contre Metz, Sochaux et Bordeaux et vous occupez rapidement la tête de la Ligue 1. Comment expliquez vous ce début de saison ?
On était pas mal de joueurs à qui il restait un an de contrat donc nombreux étaient ceux qui voulaient faire beaucoup d’efforts pour partir libre dans un club un cran au-dessus à la fin de la saison. Ça en parlait beaucoup dans les vestiaires, dans les douches. Tout le monde était très motivé pour faire une grosse saison. Après ce gros début de saison, on était conscient que ça n’allait pas durer éternellement, qu’il fallait garder les pieds sur terre. Rudi Garcia nous le répétait beaucoup.
A la cinquième journée de championnat, vous inscrivez un but particulier au stade Louis II de Monaco…
Cette madjer, c’est le plus beau but que j’ai pu mettre en France, c’est sûr. Au Japon, j’avais aussi mis une belle retournée. Je me souviens que plus tôt, contre Troyes, j’avais aussi tenté ce genre de geste. C’est de l’instinct, je le faisais pas mal à l’entraînement. Mes coéquipiers m’ont un peu chambré mais je me souviens surtout des gens au stade qui étaient un peu éblouis par le geste et le but. Directement après l’avoir marqué, je me souviens avoir reçu une offre d’Italie, la Lazio Rome voulait me recruter.
Après ce gros début de saison il y a un enchaînement de trois défaites contre Monaco, Paris et Lyon. Les doutes se sont installés ?
On a eu affaire à des adversaires plus forts. Mais dans le vestiaire, on était en confiance et on se disait qu’on allait pouvoir les battre mais la réalité était là, on a retouché terre et on s’est dit "Bon, ok, on n’est que Le Mans."
Dans l’équipe il y a deux ivoiriens, Romaric et Gervinho. Avec ce dernier, vous vous accrochez un peu dans le vestiaire en début de saison
Il faut dire que Romaric, quand il avait le ballon, regardait que du côté de Gervinho alors que j’étais parfois libre de l’autre côté. Je suis allé le voir pour lui dire de me donner la balle de temps en temps. J’étais un peu agacé. Lors d’un match, en une mi-temps, je n’avais reçu qu’un seul ballon de sa part, un seul. Et sur ce ballon, j’avais donné une passe décisive. Donc je lui ai rappelé, il m’en a donné un peu plus en seconde période.
Comment était votre relation avec Rudi Garcia ?
Avant Rudi, notre entraîneur était Frédéric Hantz, il était assez strict et m’a beaucoup appris en discipline et en motivation. J’aimais beaucoup ses discours. Rudi, c’était autre chose, plus une relation de confiance, il jouait beaucoup là-dessus. Quand il était sur le banc c’est peut-être la saison durant laquelle j’ai le plus joué d’ailleurs. Je garde cette image d’un coach proche de ses joueurs. On était plus libres, plus proches avec Rudi, on avait cette sensation de pouvoir un peu plus se lâcher. Et le soir, il arrivait qu’il vienne en boîte avec nous pour boire quelques verres mais le lendemain il retrouvait son sérieux à l’entrainement. Par contre Fred Hantz, c’était quelque chose…
Il nous a par exemple fait faire des footings à 6h du matin avec lampe torche, nous a fait des discours dans le vestiaire dans le noir. Je me souviens aussi que pour l’un de ses premiers matchs, il a rassemblé les joueurs et il nous a demandé de tous respirer ensemble. Il nous avait aussi emmené voir une pièce de théâtre et avait fait venir une chorégraphe à l’entraînement une fois par semaine. À la fin de la saison, il nous a demandé de faire la chorégraphie devant le public, je ne voulais pas la faire, j’avais dit que j’étais blessé pour l’éviter (Rires). Je me souviens bien des stages de pré-saison. Une fois, on était parti en Suisse, on avait fait une sortie vélo, quelques gars n’étaient pas à l’aise. Je crois que Romaric n’arrivait pas à freiner et avait dévalé toute la pente, il s’est retrouvé blessé de partout.
En termes de dureté, vous avez aussi connu Paolo Rongoni, le préparateur physique sous Rudi Garcia.
On ne connaissait pas trop, à l’époque, l’importance des préparateurs physiques. Lui avait toutes les connaissances et les techniques de la préparation physique, il était super. Mon coéquipier Olivier Thomas me disait toujours que c’était le premier coach qui l’avait fait progresser athlétiquement alors qu’il avait 30 ans passé.
Olivier Thomas qui est désormais coordinateur sportif du club.
Ah oui ? Mais il ne doit plus y avoir de joueurs techniques au Mans alors ? (Rires)
Que ressentiez-vous quand vous jouiez à Léon-Bollée ?
C’est chez moi Léon-Bollée, c’est ma maison, mon jardin. Je sentais les encouragements, à chaque geste. C’est grâce à ça que j’ai pu jouer aussi longtemps en France. On disait à l’époque que j’étais le soleil du Mans, aujourd’hui je suis peut-être la lune mais une lune ça éclaircit toujours et ça réchauffe les gens non ?
Sur cette belle saison avec Rudi Garcia vous terminez difficilement en ne remportant que deux de vos onze derniers matchs. C’est justement parce que tout le monde se voyait déjà ailleurs que Le Mans n’a pas pu aller chercher la Coupe d’Europe ?
Oui je pense, les joueurs n’étaient plus trop concentrés honnêtement. Moi, depuis le mois de mars, je savais que j’allais rejoindre Saint-Etienne. A partir du mois de janvier, on parlait beaucoup entre joueurs en se demandant qui allait rejoindre quel club la saison prochaine. Donc oui, la fin du championnat était plus difficile. C’était une équipe cosmopolite avec des nationalités et coutumes différentes. Quand ça tourne bien, ça va mais quand c’est plus difficile, ça s’éparpille. Rudi Garcia avait du mal à nous rassembler sur la fin, surtout que lui aussi était contacté par d’autres clubs. Mais il nous disait pourtant de rester concentré sur cette fin de saison et heureusement car sinon on n’aurait pas fini à cinq points de l’Europe mais bien plus bas au classement. Mais avec l’effectif qu’on avait on aurait pu finir dans les cinq premiers, c’est peut-être ça le regret, ce sont les aléas des plus petits clubs.
Outre la Ligue 1, vous avez aussi connu une demi-finale épique en Coupe de la Ligue contre Lens qui a marqué l’histoire du club (4-5 a.p.)
Ah cette Coupe de la Ligue ! On commence par Laval, c’était un derby et pour certains joueurs ça comptait vraiment mais moi je n’avais pas cette culture derby au Japon, je m’en rends un peu plus compte désormais. Je me souviens aussi qu’on avait gagné contre l’imbattable OL avant Lens. C’était un véritable exploit. Je me demande si après Lyon, on ne s’était pas vu en finale un peu trop tôt. La demie contre Lens était une grosse déception malgré le super match. Je me souviens qu’il faisait super froid ce soir-là. Yohann Pelé était abattu notamment, il avait pris ce but où le ballon rebondit sur sa tête après avoir touché le poteau. Dans le vestiaire, on avait l’impression d’avoir tout donné. En arrivant à 4-4 déjà, on était lessivé mais on se disait qu’on pouvait encore égaliser à 5-5. C’est rare des buts qui s’enchaînent comme ça en quelques minutes.
Quel souvenir gardez-vous du Président Henri Legarda ?
Celui d’un président très gentil, très proche de moi. Je faisais partie des joueurs qu’il aimait bien je pense, il me considérait comme un fils. C’était un Président qui avait beaucoup d’ambition, chaque année les vestiaires évoluaient, ensuite c’était le club-house puis l’auditorium... Tout ça était l’effort d’Henri Legarda.
Votre aventure mancelle a aussi été marquée par quelques soirées…
Ah il y avait des bons garçons de soirées : Yohan Pelé, Stéphane Sessegnon mais pour moi le meilleur était Marko Basa. Une fois il avait été arrêté par la police le soir d’une défaite 3-0, il venait d’acheter sa nouvelle voiture, une belle Porsche Cayenne. Mais il avait bu toute la soirée de la vodka jusqu’à trois heures du matin et il avait décidé de rentrer. Mais sur le retour il avait pris une rue en sens interdit, il avait passé la nuit en cellule de dégrisement. C’est le Président Legarda qui était venu le chercher au poste le lendemain matin. Il lui a dit qu’il était très déçu de lui et Marko lui a répondu qu’il était très déçu de la défaite de la veille. Yohann Pelé était aussi un sacré client. Une fois, il n’était pas venu à l’entrainement, personne n’arrivait à le joindre. Des pompiers étaient montés à l’échelle pour voir s’il était bien chez lui.
S’il fallait définir vos coéquipiers de l’époque par un mot, lequel choisirez-vous ?
Pour Yohann Pelé je dirais le saké, je lui ai fait découvrir et Yohan Hautcoeur aussi aimait bien ça (rires). La doublure de Yohann était Rodolphe Roche, très propre et régulier, on n’avait confiance en lui. Jean Calvé, c’était l’ambianceur, Grégory Cerdan le sérieux, Basa le beau gosse, Ibrahima Camara était lui complètement fou, c’était une machine à parler, toujours à faire du bruit. Hassan Yebda je me souviens qu’il a joué au Benfica après, c’était une machine sur le terrain, Romaric un char puissant avec un canon prêt à tirer. D’ailleurs il avait eu un accident de voiture sur l’autoroute une fois et il était revenu plâtré. Moins d’un mois après il était déjà de retour sur le terrain. Il y avait Mathieu Coutadeur qui était un joueur petit et fin, l’un des plus jeunes qui s’est ensuite bien épaissi. Stéphane Sessegon le diamant brut, d’une puissance folle, je n’avais jamais vu un joueur comme ça, ma cuisse c’était son bras, j’aurais adoré jouer avec lui au PSG. En termes de puissance, il y avait aussi Geder, je l’appelais Robocop, il ne parlait pas beaucoup et était très difficile à passer. Il envoyait des gros tacles à l’entrainement alors je sautais plus haut quand je le voyais arriver. Offensivement, Gervinho était quelqu’un de très très rapide. Tulio de Melo est un bon ami, il est venu au Japon, il était celui à qui je faisais le plus de passes décisives. Modibo Maïga était un aussi un bon attaquant assez réaliste tout comme Anthony Le Tallec qui lui était techniquement très bon et Mamadou Samassa mais lui ratait pas mal quand je lui faisais la dernière passe (Rires). Ça restait plus facile de donner le ballon à Tulio de Melo. C’était vraiment un club familial.
A quel point cela a été difficile pour vous de partir du Mans après ces quatre ans ?
Le club m’avait proposé une prolongation mais en même temps les dirigeants étaient contents que je parte dans un plus grand club. Au début je voulais rejoindre le Paris-Saint-Germain mais j’ai rejoint Saint-Etienne. Ça reste une grand club et l’engouement était superbe là-bas mais c’est vrai qu’après Le Mans j’avais un peu la tête à Paris. J’avais rencontré Paul Le Guen qui voulait que je rejoigne l’équipe mais ça ne s’est pas fait.
Vous souvenez vous des ambiances dans les stades français ?
Saint-Etienne c’était vraiment beau, c’était le chaudron ! A l’époque, le Parc des Princes ou le Stade Vélodrome était en travaux je crois donc ce n’était pas plein. Et puis il y avait Lens qui était aussi un stade avec une belle ambiance mais ça résonnait encore plus à Saint-Etienne.
Suivez vous toujours la Ligue 1 ?
De temps en temps oui. Je suis surtout les clubs où jouent les joueurs japonais donc je regardais Reims quand ils étaient en Ligue 1 ou Monaco avec Minamino.
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